LES TRAVAILLEURS MAGREHBINS

 

1960

Un ciel immensément bleu,

Quelques nuages cotonneux:

Deux fillettes se balançant, là,

Rieuses, pendues tête en bas,

A la grille du haut portail en fer forgé,

Le soleil caressant leurs corps dénudés.

 

Au loin, les marteaux piqueurs,

Leur faisaient battre le coeur ;

Des détonations de mines ?

Pour les constructions voisines.

Voyons voir le chantier !

Parlons aux ouvriers !

 

Ô ! que de grandes parties de cachettes,

Dans les fondations nouvellement faites.

Et pourquoi ?

Quelquefois,

Ces maçons algériens évincés,

Par les familles des jeunes appelés.

 

Le maillot grisâtre, plus que blanc,

Poussiéreux, par la sueur trempé,

Constellé de taches de ciment ;

Cheveux frisés, le teint tanné,

Avec un sourire, une remarque gentille :

“Vous êtes jolies aujourd'hui les filles”.

 

Personnes âgées inquiétées ;

“Bougnouls, fellagahs” prononcés,

une guerre c'est amer.....

- Monsieur, avez-vous des bouteilles à rendre ?

- L'argent des consignes, petites, vous pourrez le prendre.

 

Mais comme le monde serait rayonnant,

Si les adultes restaient des enfants.

Marie-Claude Palys